Qu'est-ce que la déclaration d’insaisissabilité de l’entrepreneur individuel ?

À l’inverse d’une société, représentée par une personne morale, une entreprise individuelle est représentée par une personne physique, son dirigeant. Or, la loi prévoit que les biens d’un entrepreneur individuel ne sont protégés par aucune barrière dans le cadre de son activité. En conséquence, en cas de créance de nature professionnelle, ses créanciers peuvent s’attaquer à ses biens privés et les saisir pour obtenir le remboursement de ce qui leur est dû.
Cependant, l’entrepreneur individuel peut protéger ses biens immobiliers personnels par la rédaction d’une déclaration d’insaisissabilité. Cette procédure, simple à réaliser devant notaire, permet au professionnel d’instaurer une barrière destinée à préserver ses biens fonciers à usage privé de ses créanciers professionnels. En quoi consiste cette déclaration d’insaisissabilité ? Que contient-elle ? Quelle procédure suivre ? Nos réponses dans ce dossier.
Qu’est-ce qu’une déclaration d’insaisissabilité de l’entrepreneur individuel ?
En principe, le statut d’entrepreneur individuel ne protège pas les biens personnels du professionnel. En cas de difficulté, la responsabilité est illimitée et impacte l’ensemble de ses biens privés, hormis sa résidence principale qui est protégée par l’insaisissabilité depuis le 7 août 2015. En conséquence, l’entrepreneur individuel est exposé en cas de problème.
Ainsi, pour protéger ses biens immobiliers privés, l’entrepreneur doit s’appuyer sur une déclaration d’insaisissabilité. Ceci concerne les entrepreneurs individuels, quelle que soit leur activité, et non les sociétés qui sont déjà couvertes de ce risque par principe puisqu’elles sont protégées par le statut de personne morale.
Cette mesure permet d’éviter que les créanciers professionnels de l’entrepreneur le poursuivent et s’attaquent à son patrimoine immobilier personnel. La déclaration d’insaisissabilité doit être rédigée devant un notaire afin de protéger les biens bâtis et non bâtis que l’entrepreneur possède et/ou utilise dans le cadre de sa vie privée. En cas de bien utilisé à la fois dans un cadre privé et dans un cadre professionnel, la partie privée reste protégée.
Attention toutefois, car la protection conférée par la déclaration d’insaisissabilité ne s’applique qu’à partir de sa date de rédaction. En conséquence, les dettes qui ont été contractées avant celle-ci ne sont pas soumises à son application.
La déclaration d’insaisissabilité est à différencier de deux autres déclarations cumulables :
- la déclaration d’affection du patrimoine : établie uniquement en EIRL, cette procédure ne s’attache pas qu’aux biens immeubles, mais également aux biens, aux droits, aux obligations et aux sûretés indispensables dans le cadre de l’activité professionnelle ;
- l’insaisissabilité de droit : la résidence principale de l’entrepreneur individuel est protégée de plein droit, et ce, depuis le 7 août 2015.
Que contient une déclaration d’insaisissabilité ?
Pour être valable, une déclaration d’insaisissabilité doit lister l’ensemble des biens immobiliers que l’entrepreneur individuel désire protéger de ses créanciers. Bien entendu, ces biens immobiliers ne doivent pas être utilisés ou destinés à un usage professionnel. Si l’entrepreneur les utilise malgré tout ultérieurement dans un cadre professionnel, que cet usage soit planifié ou non, il peut perdre l’effet de la protection.
Pour chacun des biens immobiliers listés, l’entrepreneur doit indiquer leur caractère propre, commun ou indivis.
Les créanciers professionnels de l’entrepreneur individuel ne pourront donc pas saisir les biens de ce dernier, c’est-à-dire les biens personnels listés dans la déclaration d’insaisissabilité.
Malgré la rédaction d’une déclaration d’insaisissabilité, il existe des cas dans lesquels l’entrepreneur individuel ne peut pas protéger ses biens personnels de ses créanciers professionnels. Les voici :
- lorsque les créances ont été souscrites avant la publication de la déclaration d’insaisissabilité ;
- lorsque l’entrepreneur individuel était en situation de cessation de paiements lors de la déclaration d’insaisissabilité ;
- lorsque l’entrepreneur individuel est reconnu coupable de pratiques frauduleuses ou de manquements graves et répétés envers ses obligations fiscales.
À noter qu’en cas de divorce, les effets de la déclaration d’insaisissabilité persistent après la dissolution de l’union, mais uniquement pour les biens personnels que l’entrepreneur individuel possède en son nom propre. Si l’entrepreneur individuel décède, les effets de la déclaration d’insaisissabilité persistent après liquidation de la succession.
Déclaration d’insaisissabilité : quelle procédure ?
Pour être légale et valide, une déclaration d’insaisissabilité doit être réalisée obligatoirement devant un notaire. Les formalités pour ce faire sont relativement simples. Rappelons que ce document doit comprendre une description détaillée de chaque bien immobilier personnel concerné, avec son caractère de détention (bien propre, bien commun ou bien indivis).
Une fois rédigée, la déclaration d’insaisissabilité doit faire l’objet d’une mention au Registre du commerce et des sociétés (RCS) ou au Répertoire des métiers (RM). Si l’entreprise individuelle n’est pas immatriculée au RCS ou au RM, un extrait de la déclaration d’insaisissabilité doit être publié dans un journal d’annonces légales au sein du département dans lequel le professionnel exerce son activité. Enfin, elle doit être publiée au bureau des hypothèques.
Quel prix pour une déclaration d’insaisissabilité ?
La déclaration d’insaisissabilité n’est pas obligatoire. En revanche, elle est vivement recommandée aux entrepreneurs individuels dont l’activité professionnelle est susceptible d’impacter les biens immobiliers personnels en cas de problème ou de difficulté.
Il faut savoir que si ce document est une protection bienvenue pour le professionnel, elle a un certain coût.
Pour réaliser une déclaration d’insaisissabilité, l’entrepreneur individuel doit s’acquitter de frais fixes pour un montant total de 583,04 euros TTC (en 2021). Ceux-ci sont les suivants :
- les frais d’établissement de l’acte (la déclaration d’insaisissabilité) par le notaire : 139,93 euros TTC ;
- les frais d’accomplissement des formalités préalables à l’acte et consécutives à celui-ci (extraits d’actes immobiliers, attestations, cadastres, copies d’actes divers, états hypothécaires, etc.) : 419,79 euros TTC ;
- les frais de publication obligatoire : 23,32 euros TTC.
À ce prix, il convient d’ajouter les frais variables liés aux honoraires facturés par le notaire pour le conseil professionnel apporté.
Dossiers similaires
-
La cessation de paiements pour une entreprise : explications, conséquences
Une entreprise est considérée en cessation de paiements, état aussi appelé « dépôt de bilan », lorsqu’elle est dans l’impossibilité de faire face à ses dettes avec son actif disponible,...
-
Faut-il externaliser sa comptabilité ? Avantages et inconvénients
Toute entreprise est contrainte de gérer sa comptabilité au quotidien en raison de ses obligations envers l’administration fiscale. Il est possible d’opter pour une gestion interne ou pour une...
-
L'assemblée générale annuelle est-elle obligatoire pour une entreprise ?
L’assemblée générale, qu’elle soit ordinaire ou extraordinaire est un moment important dans la vie d’une entreprise. L’assemblée générale ordinaire, dite annuelle est le lieu de prise...
-
Sécurité sociale des indépendants (SSI) : fonctionnement et organisation
Depuis le 1er janvier 2020, les travailleurs indépendants, autrefois assujettis au régime social des indépendants (RSI), sont affiliés au régime général et bénéficient d’une protection...
-
Faut-il louer ou acheter les bureaux de son entreprise ?
Parmi les décisions que doit prendre un chef d’entreprise, définir la localisation et la surface de ses bureaux professionnels est déjà très important. Savoir s’il doit acheter ses locaux ou...
-
Qu'est-ce que la TVA déductible ?
La TVA – taxe sur la valeur ajoutée – est un impôt indirect appliqué sur la consommation qui est bien connu de tous. Mais la TVA regroupe en réalité plusieurs notions pour une entreprise....
-
Auto-entrepreneur : comment déclarer son chiffre d'affaires ?
L’auto-entreprise est un régime simplifié d’un point de vue fiscal et comptable allégeant considérablement les formalités liées à la création d’entreprise et à la déclaration des...
-
Réduction du capital d'une entreprise : pourquoi, quand, comment ?
Une entreprise doit fixer le montant de son capital social au moment de sa création et le spécifier dans ses statuts. Toutefois, au cours de sa vie, l’évolution de sa situation peut l’amener...
-
Factures d'acompte : définition, quand et pourquoi les utiliser ?
Dans le cadre de l’achat d’un bien ou d’une prestation de service, l’entreprise peut demander à son client de lui verser un acompte avant la livraison du bien ou la réalisation de la...
-
Comment choisir votre prévoyance d’entreprise ?
Vous souhaitez souscrire à une couverture supplémentaire pour vos salariés ? Découvrez les facteurs à considérer pour faire le bon choix. Qu'est-ce qu'une prévoyance d’entreprise, et...
-
Documents d'entreprise : combien de temps les garder (contrats, factures, etc.) ?
Au cours de sa vie, une entreprise produit un grand nombre de documents divers. Il faut savoir que chacun de ces documents doit être conservé pendant une certaine durée après son émission et que...
-
Quelles sont les aides publiques pour les entreprises en difficulté ?
Les entreprises en difficulté, quelle que soit leur taille, peuvent bénéficier de différentes sortes d'aides publiques pour être soutenues à un moment où leur trésorerie leur fait défaut....
