Superprofits en entreprise : définition, de quoi parle-t-on ?

Depuis quelques mois, le terme de superprofits en entreprise est dans tous les médias. Mais ce terme, qui est avant tout une expression politique, reste flou, même s’il désigne des entreprises qui ont su générer des bénéfices considérables et hors normes en s’appuyant sur un contexte de crise. Comment le définir de manière précise ? Qui concerne-t-il ? S’agit-il véritablement d’un terme nouveau ? Où en est-on aujourd’hui ? Tentons d’y voir un peu plus clair sur ce sujet opaque dans ce dossier.
Superprofits en entreprise : que signifie ce terme ?
Il suffit d’ouvrir un dictionnaire pour lire que le terme de superprofits signifie "profit considérable, au-dessus des profits habituels" dans le Larousse, ou encore "superbénéfice" dans le Robert. Lorsque l’on parle de superprofits en entreprise, on désigne donc des entreprises qui ont réalisé des profits très importants et hors normes.
Mais il convient toutefois de préciser que ce terme n’est pas un mode de classification des entreprises pour désigner des structures qui ont réussi à générer un chiffre d’affaires et des bénéfices impressionnants. Non, le terme de superprofits est avant tout une expression politique qui désigne plus spécifiquement les entreprises qui ont tiré profit d’une situation de crise pour surperformer, c’est-à-dire qu’elles ont profité d’un contexte ou d’un événement difficile pour augmenter leurs bénéfices, souvent grâce à une augmentation des prix.
Pour les économistes, qui préfèrent la notion de rente, le superprofit s’applique aux profits exceptionnels obtenus par un effet d’aubaine, des profits qui conduisent à un enrichissement de l’entreprise nettement supérieur aux attentes, voire même à la normale, notamment car ils ont une origine extérieure. En effet, l’entreprise a gagné considérablement d’argent sans pour autant avoir changé sa manière de procéder, son activité ou encore ses décisions et actions stratégiques.
Plus concrètement, le terme de superprofits est aujourd’hui utilisé pour désigner les entreprises, les producteurs et les spéculateurs qui ont tiré profit de la crise sanitaire, de la crise économique, de la crise énergétique et/ou de la guerre en Ukraine pour gagner de l’argent, le plus souvent en pratiquant une hausse tarifaire exorbitante et bien souvent, qu’ils ont tenté de "justifier" par des prétextes flous.
Le sujet est sensible et il fait débat. En effet, pour une partie de l’opinion publique, ces profits sont considérés comme non mérités, d’une part parce qu’ils ont été générés dans un contexte de crise, mais également parce qu’ils ne sont pas redistribués. C’est notamment pour cette dernière raison que la question est devenue politique et que bien des partis s’en sont emparés, au point que certains ont demandé qu’une surtaxe soit appliquée sur ces bénéfices colossaux alors que le contexte de crise économique place de plus en plus de citoyens dans la précarité.
Le superprofit, c’est le symbole de l’écart grandissant qui se creuse entre les plus fortunés et le reste de la population. Dans un contexte de crise économique, de crise sanitaire et de guerre en Ukraine, difficile pour bien des citoyens d’avaler la pilule. En effet, quand les diverses crises et l’inflation rendent le quotidien difficile et que l’on demande à chacun de fournir toujours plus d’efforts, accepter que des entreprises puissantes tirent profit de ces troubles pour faire exploser leurs bénéfices et s’enrichir encore plus fortement est… bien souvent impossible.
Un terme neuf pour un vieux débat ?
Le terme de superprofits est considéré comme récent, mais il a pourtant déjà été utilisé au XIXe siècle par Karl Marx, qui désignait par ce biais les entreprises capitalistes qui se sont enrichies de manière qu’il jugeait anormale. Mais c’est au lendemain de la Première Guerre mondiale que le terme a pris son sens actuel pour évoquer les "profiteurs de guerre". Un impôt spécifique a même été mis en place en 1916 par le gouvernement socialiste d’Aristide Briand. Cette "contribution extraordinaire sur les bénéfices de guerre" fut pourtant difficile à mettre en place, car les entreprises concernées ne souhaitaient pas véritablement jouer le jeu.
La situation est à nouveau connue avec les chocs pétroliers des années 1970 et de l’année 2005. Les entreprises spécialisées dans l’énergie ont appliqué en conséquence une forte hausse des prix et ont généré des superprofits, mais on parlait alors de "bénéfices records" plus que superprofits. Si certains pays, dont les États-Unis, ont fait le choix de taxer ces profits colossaux à l’époque, le débat refait aujourd’hui surface, lors de la récente crise sanitaire et de la guerre en Ukraine.
Les entreprises qui génèrent des superprofits : qui sont-elles ?
Plusieurs domaines d’activités sont concernés par les superprofits, à commencer par les plus mis en lumière, à savoir le domaine de l’énergie. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les entreprises européennes travaillant dans ce secteur ont cumulé plusieurs centaines de milliards de bénéfices en 2022.
Le secteur pétrolier est également visé. TotalEnergie est notamment le cas le plus mis en lumière, l’entreprise ayant connu des bénéfices en très forte évolution en raison de la hausse importante des prix des hydrocarbures dans le contexte de la guerre en Ukraine. À elle seule, la multinationale affiche 18,7 milliards de dollars de bénéfices en 2022, soit 18,3 milliards d’euros. Avec la hausse des prix de l’énergie, Engie est également considérée comme une entreprise réalisant des superprofits, car elle a pu dégager plusieurs milliards d’euros de bénéfices en 2022. Deux exemples parmi d’autres…
Superprofits en entreprise : taxe ou pas taxe ?
L’idée de taxer plus fortement les superprofits en entreprise revient sur le devant de la scène depuis peu. Mais si le Gouvernement se montre flou sur la question, c’est notamment parce que le calcul d’une éventuelle surtaxe est complexe. En effet, le terme de superprofit est opaque et il semble difficile de parler de taxe plus élevée sur des bénéfices sans définir de valeur seuil. Pour épargner les sociétés les plus modestes, les économistes préconisent de se baser sur les profits moyens générés sur les cinq dernières années et de se concentrer sur les entreprises qui affichent un niveau de chiffre d’affaires de plusieurs centaines de millions d’euros au minimum, afin de ne pas impacter les petits commerces qui ont pu bénéficier de la crise sanitaire (notamment les épiceries de quartier lors des confinements), mais les risques d’une telle mesure sont plus vastes.
Taxes déjà versées sur certains profits réalisés dans des pays étrangers, fiscalité trop ciblée, risque de répercussion sur le consommateur… difficile d’y voir clair. Pourtant, permettre aux citoyens de profiter d’une manière ou d’une autre de cette manne financière dans un contexte d’inflation et de perte de pouvoir d’achat semble être une solution souhaitée par le plus grand nombre.
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